mercredi 16 avril 2008

Avant

Imaginer, forcer, persister

Lister, tout lister : de la boite d'alumettes étanches au paquet de lait en poudre, de la brosse à neige spéciale vêtements au sac à neige pour préparer l'eau, de l'oeilet pour réparer la tente aux lunettes de secours, ce que l'on a, ce qu'il manque, ce que l'on peut emprunter, ce qu'il faut commander. Dépêche toi, on part dans 10 jours.

Empaqueter, peser, repeser : la nourriture, les matériel, les vêtements, les bonshommes, les cordes, les skis, les rouleaux de PQ, les gants, les 15 paires de gants, les 30 paires de mouffles.
Simuler : les colis pour le frêt, les colis pour l'avion, le chargement des pulkas, à l'aller, au retour, le dépôt de nourriture et d'essence là ou alors là, pour combien de jours, combien de petits dej, de diners, des doses de 100 ou 150 grammes? ça fera assez de calorie par jour? Ah bon?

Réserver, négocier, envoyer les hommes et leurs fatras, composer avec les restrictions douanières, composer avec notre budget, anticiper le planning : tout sera là bas à temps? Parer à la déconvenue, ne pas se retrouver nu à l'aéroport, mort de froid dans l'attente d'hypothétiques bagages. Comment faire alors?
Ouvrir des cartes délicieusement imprécises, tracer des lignes, des possibles, des peut être, des pourquoi pas?
Echanger, téléphoner, mailer, écrire, rappeler, mais si je l'ai appelé, tu es sûr?
Le calendrier tourne, la montre tourne, la terre tourne.
Quoi? déjà, on part déjà vendredi?

Pendant

Comprendre que je ne suis qu'un passager, fragile, vulnérable, .
Mesurer la valeur d'un litre d'eau.
Découvrir, regarder, rêver, progresser.
Glisser sur un terrain vierge, résolument vierge, oublier la notion d'itinéraire. A l'envie. A l'instinct.
Partager des sourires, des doutes, des peurs, de long jours de vie intense.
Vivre de peu, disposer de l'essentiel, précautioneusement.
Voir une lumière sans pareil, s'imprégner de l'air et du ciel.
S'engager, physiquement et psychologiquement, pour une chose sans but.
Se forger l'âme, se construire, Etre.
Chaque jour d'une expédition en Arctique ressemble à ceci. Terrifiant? Fascinant?

Synthèse

Vendredi je pars au Groenland. Par la force et la motivation de mes compagnons d'expédition, je me retrouve embarqué dans une aventure dont je ne connais que très peu : un nom mythique -Groenland-... une côte, un fjord, une île - la terre de Milne-.

Ceci m'arrive presque par hasard, l'hiver a été occupé ailleurs.

Partir, ventre à terre, chèquier à terre, planning à terre, mais y a t il de vrais départs qui se fassent autrement? Je ne sais pas ce que je vais chercher là haut, je sais juste ce que je vais y trouver : un mois qui va compter pour une année de vie. Un mois qui va me marquer, définitivement. Un mois qui va me grandir, résolument.

L'Expédition est une chose à part. Bien sûr il y a les voyages, ici ou là, toujours magnifiques. Et puis quand le voyage devient expédition, il se passe d'autres choses que je souhaite à tout le monde de découvrir un jour. Où se situe la frontière alors? Engagement? Autonomie? Isolement? Logistique? Inaccessibilité? Un subtil mélange de tout ça.

L'Arctique a cette caractéristique bien spécifique qu'il ne fait que nous tolérer, le temps d'un passage. J'imagine qu'il en est ainsi en très haute altitude. Je sais qu'il en est ainsi sur les pentes abruptes de nos Alpes. A la différence prêt que les mots "solitude" et "engagement" prennent une autre dimension au milieu d'un désert gelé. L'Arctique fascine. Il m'est fascinant de me trouver sur une terre qui n'est pas faite pour moi, au sein de laquelle je dois prudemment respecter ses propres règles, tacites. L'humilité est une qualité, difficile à valoriser dans notre quotidien. Là bas c'est ce qui permet de vivre.

Au retour, mon monde sera meilleur : l'eau du robinet sera un luxe, les feuilles des arbres un délice, le Pomerol un poème, la chaleur du rocher un extase, la douceur du coton un miracle, la facilité un nectar, la joie d'une Julie un bonheur.

A bientôt tout le monde, à tout à l'heure.

mardi 15 avril 2008

Un coup de chaud avant l'hiver

Allez, autant se faire mal ... avant d'entrer dans l'hiver, autant profiter de l'été qui se termine.

Après un dernier round de préparatifs samedi, un dimanche tranquille sur les falaises drômoises avec Julie. Le village de Saou nous accueille en cette belle journée de soleil, le calcaire chauffe, c'est parfait.



La falaise semble à nous ce dimanche, nous croisons péniblement deux personnes. Nous partons découvrir les secteurs de Roche Colombe et la Poupoune, que je ne connaissais pas, et le rocher y est magnifique : calcaire à silex et calcaire gréseux rivalisent de qualité. les voies y sont de tous niveaux donc il y a de quoi s'amuser.

Pour Julie et moi, c'est la première séance dehors de l'année, après une longue interruption d'hiver. Il faut retrouver les sensations, comprendre à nouveau comment tout ceci fontionne, et puis quand on commence a être à nouveau dedans, et bien on est morts crevés...
Quelle jolie journée!
Pour moi, cette "reprise" va s'arrêter net.
Après demain, j'ai un rdv pour replonger dans l'hiver, et pas n'importe lequel : celui du Groenland.
Départ en expé imminent
Du ski au Groenland, la découverte d'une île, "la terre de Milne", pas d'infos sur la skiabilité du machin. A quoi ça ressemble vu du ciel? regardez la belle image ci dessous. On a à peine plus d'infos.
Retour dans 4 semaines.
Banzaï!!!!