mardi 27 mai 2008

Groenland -2- la découverte

Pas d'infos, pas de photos, pas de topos. L'inconnu. Jusqu'au bout du bout, l'inconnu. le jour où nous entrons dans le sanctuaire, celui-ci ne se laisse qu'entrevoir au delà d'une brume qui persiste dans le fond du fjord et qui nous empêche de nous rincer l'oeil depuis les motoneiges. Akasajik se laisse désirer. Alors, presqu'au hasard, nous dirons à nos chauffeurs "bon, ben laissez nous là..." ok.


Posés au fond d'une baie, nous montons notre premier camp et à la faveur d'une brume qui se déchire pour saluer notre arrivée, nous partons au hasard de nos envies. Rapidement, nous comprenons que ce lieu est démoniaque, immensément démoniaque, au delà de ce que l'on pouvait espérer trouver. Petite sortie de fin de journée, pour remonter le lendemain dans un large vallon glaciaire, un peu au hasard.


Nous découvrons aussi une neige "de printemps", complétement inatendue au groenland... On sue, on chauffe, nous qui pensions nous les cailler. Nous repérons un petit couloir qui débouche sur une crête entre deux tours, ce sera notre objectif. La suée qui nous accompagne dans les derniers 300 mètres nous inspire : nous dénommerons l'endroit le "col caloris". Dont acte, on peut suer au Groenland.
Qu'elles sont savourées ces premières courbes : nous venons de si loin pour les faire. Nous ne nous attendions pas à skier de la moquette, mais c'est finalement une bonne entrée en matière. Pour comprendrele terrain également : nous évoluons sur les flancs d'un cirque glaciaire dominé par d'imposants séracs sous lesquels nous ne trainons pas. Nous voila prévenus : le terrain est et sera glaciaire, et le risque de chutes de séracs bien réel. Nous en ferons d'ailleurs les frais, plus tard...


Et puis surtout, nous sommes sur un belvédère : en face de nous, sur l'autre rive du fjord, la côte nord de la terre de Milne, celle qui nous a fait venir jusqu'ici. "Terre promise, redis moi ton nom" disait Bashung... ici, elle s'appelle Milne. La côte au loin est fabuleuse : 80 km d'un immense versant de 2000 mètres de haut. Partout des éperons, des piliers, des couloirs, entrecoupés d'énormes glaciers venant vomir dans la mer.


Et déjà, en ligne de mire, au loin, une ligne paradisiaque qui se dessine. Un truc comme on en voit que dans nos rêves. La décision s'impose : après deux nuits dans notre premier camp, nous plierons les gaules le lendemain et nous mettrons en route vers ce qui nous semble être un truc incroyable. Premier tirage de pulkas (c'est tellement bon), premieres tentatives en kytes -espérons nous-... Le spectacle de cette rive nord de Milne, que la brume nous avait masqué jusqu'au dernier moment, nous laisse pantois... Combien? 4 semaines? ça va être serré!

dimanche 25 mai 2008

Groenland -1-

Difficile sur un blog de raconter une expé. Je vais essayer, en plusieurs fois sans doute car il y a tellement à dire...

Pour ceux à qui j'en ai peu ou pas parlé, voici quelques explications. Avec la fine équipe de la terre de Baffin, nous remettons le couvert ce printemps. Nous partons découvrir la terre de Milne, une vaste île perdue sur la côte Est du Groenland, dans l'une des ramifications du Scoresby Sund, le plus grand fjord du monde.


La découverte est totale : pas de compte rendus connus, pas de photos du fjord où nous projetons de skier, pas de récits, ni topos, des cartes au 1/200000 où des carrés blancs stipulent qu'il reste des "unexplored areas"... Dans combien d'endroits au monde trouve t on encore du blanc sur la carte???

Juste une intuition : les altitudes qui bordent le fjord (2000m) laissent présager des dénivelées imposantes, ce que confirment les images satellites sur Google Earth. Merci Google. Il doit donc y avoir là bas des couloirs de fou au milieu de ces faces...

oui, nous partons là bas à pile ou face, sans certitude sur ce que nous trouverons. Découverte.

4 semaines d'expé, il faut ça pour aller skier là bas. A moins d'être vraiment très riche et de mobiliser un hélico sur place. Sinon, les distances imposantes demandent du temps, beaucoup de temps. Sur 4 semaines, nous comptabilisons "seulement" 7 jours de ski (au sens "descente à ski"). Pas beaucoup, certes : on aurait plus skié en passant 4 semaines à Val d'Isère. Sans commentaire.


Mais le reste du temps alors? Vous avez fait quoi??? Et bien le temps est occupé à se déplacer : aller poser un camp sur l'autre rive du fjord prend une journée, redéplacer le camp pour le poser au pied d'une face que l'on pense skiable prend une autre journée, et ainsi de suite. Et surtout, refaire par ses propres moyens l'équivvalent des 2 jours de motoneige de l'aller demande...10 jours!

Mettez tout ça bout a bout, ajoutez y de l'avion, deux jours de marge au retour, 1 jour de repos pendant, et vous arrivez à 4 semaines.



Et alors, ça valait le coup ou pas???

Oh que oui! Ce que nous avons trouvé là bas tient du miracle. Nous avons découvert un paradis du ski de pente raide, un univers d'une majesté sauvage, méconnu, ignoré et pourtant si grandiose.

Je pense que les couloirs que nous avons skié là bas nécessiteraient dans les Alpes de prendre un ticket et de devoir attendre 5 ans avant de pouvoir aller les skier. J'ai vu des couloirs dans ma vie, mais des comme ça jamais. Je pensais être "blasé" après Baffin et son Polar Star couloir...Que nenni. Ici, c'est un cran au-dessus : en raideur, en longueur, en isolement.

Le plus court des couloirs de Milne est plus long que le plus long des couloirs du Sam Ford fjord à Baffin. Voilà, le décor est planté. Que dire également des possibilités d'alpinisme...Immenses, de quoi occuper 10 générations. Quelques big walls d'anthologie, et des faces nord des Grandes Jorasses sur des kilomètres et des kilomètres. Tout ça est vierge, tout ça n'est même pas nommé sur les cartes, tout ça n'attend que des aventuriers pour être découvert. Je repense à des propos de Maurice Herzog dans un récent Montagnes Mag, qui disait qu'en alpinisme il n'y avait plus rien à faire : pauvre aigris!


Et qu'on se le dise : le Groenland c'est deux fois 3000km de chaine montagneuse (cote Est et côte Ouest) auxquels on peut quasiment rajouter le double vu la profondeur des fjords. Allez, au bas mot, 10000km de montagnes dont les 9,9 dixièmes sont vierges.



Y'a plus qu'à se bouger et à y aller. c'est ce que nous avons fait.