jeudi 24 juillet 2008

Mont Blanc, arête Innominata intégrale

Le Mont Blanc... Montagne autant emblématique que galvaudée. Gravir le Mont blanc par la voie normale est déjà une belle aventure alpine du fait de l'altitude du sommet. Pourtant, la voie normale surfréquentée en été masque une autre réalité : celle de "l'envers" du Mont Blanc. Versant italien, c'est une toute autre montagne qui s'offre aux alpinistes. Austére, sauvage, isolé, difficile, le versant sud du Mont Blanc est l'opposé de son versant nord français.

En 2003, j'y avais gravi l'arête de Peuterey. Ce versant m'avait alors magnétisé. Je rêvais depuis d'y retourner gravir l'arête de l'Innominata, sans jamais pouvoir réunir les conditions pour. A force d'abnégation, c'est désormais chose faite. 20, 21, 22 juillet, 3 jours de voyage sur la Montagne.

Récit en images...


Sur "l'envers", le téléphérique n'existe pas. Le départ se fait dans les bois, à 1500m d'altitude. Le sommet, c'est 3300m plus haut. Jour 1 : voiture jusqu'au Fayet, bus jusqu'au Val Veni, puis montée au refuge de Monzino. L'après midi se passera au chaud à regarder la tempête se déchainer au dehors.




Jour 2, début de la course a proprement parler. Il s'agit de ralier le refuge Monzino au petit bivouac Eccles. Certains montent à Eccles en une seule journée, nous choisissons de le faire en deux jours pour arriver pas trop fatigués à Eccles.

Pour rejoindre Eccles, deux solutions : soit remonter le glacier du brouillard, soit remonter l'arete sud de la pointe Innominata, qui constitue en fait l'utlime dorsale de l'arete Innominata. ce parcours constitue "l'intégrale".















Poussé par les amis plus motivés que moi pour cette intégrale, nous découvrons cette première partie de la course qui est en fait d'un esthétisme magique. Le topo parle de rocher pourri, c'est en fait tout à fait grimpable par rapport au rocher pourri que l'on trouve en Oisans. En toile de fond, l'envers du Mont Blanc ou nous partirons grenouiller le lendemain.


Jamais difficile mais d'une beauté bien réelle, cette "petite" arête sud constitue en fait un splendie moyen de rejoindre le col de l'Innominata, qui lui même donnera accès au bivouac Eccles.



Lentement, nous nous élevons sur ces pentes et acclimatons notre organisme à l'effort, à l'altitude.


Deux courts rappels nous posent au col de l'Innominata. De là des pentes neigeuses puis mixtes nous amenent au bivouac Eccles. Sur l'arete neigeuse derrière Olivier, nous apercevrons le chien du refuge de Monzino qui la veille a suivi une cordée d'espagnols sur le glacier... Il est complétement perdu, et se ballade dangereusement au dessus du vide. A tout moment on 'apprête à le voir chutter, et puis son instinct est le plus fort : d'un coup il part dans les traces de montée de la veille, il semble avoir compris. Nous laisserons dans la neige la boite de canigou que la gardienne de Monzino nous avait confié a son attention. On aurait dû négocier les lasagnes!







La dernière pente jusqu'au bivouac nous sèche un peu, l'altitude commence a se faire sentir puisque le bivouac est perché à 3800 mètres d'altitude.


6 heures après notre départ, nous aterrissons au bivouac Eccles. Lieu magique dans l'univers de l'alpiniste, le bivouac est constitué de deux abris de tôles posés sur des blocs au milieu du versant. 4 slovaques occupent l'abri du bas (le "nouveau") nous prendrons donc une réservation dans l'ancien abri, situé un peu plus haut. C'est facile de le reconnaitre, c'est celui qui penche dans le vide!




Autant dire que dans cet abri de 4 places, le confort est rudimentaire mais nous nous y prélassons avec volupté une après midi durant. On se repose, on boit de l'eau, beaucoup d'eau, on mange et on refait le monde. Beaucoup d'alpinistes aimeraient y passer une nuit, et j'attendais celà pour ma part depuis des années. Je confirme que l'on peut être heureux enfermé dans un tonneau de toles et de bois, je vous jure.




Ci contre, le rond rouge désigne l'emplacement du bivouac. En pointillés, l'itinéraire que nous suivrons le lendemain.
















Jour 3, les choses sérieuses commencent. Nous démarrons à 4h30 et poursuivons notre objectif "d'intégrale" en suivant l'arete jusqu'au col Eccles plutot que de descendre sur le glacier du Brouillard et de le remonter jusqu'au col. Là encore, bien nous en prend car l'itinéraire est très esthétique, fait d'escalade mixte de qualité.








Ce choix nous gratifie de plus des lumières féériques des aubes d'altitude.




Un jour nouveau qui s'offre à nous.




Nous rejoingons en deux petites heures le col Eccles et y dépassons les cordées de slovaques parties bien avant nous. La veille, nous les avions entendu incrédules nous annoncer qu'ils partaient faire le pilier central du Freney. A les voir à l'agonie dans les pentes de neige sous le bivouac, nous avions émis de forts doutes (intérieurs)... La nuit semble leur avoir porté conseil. A voir leurlenteur dans l'innominata, je pense que c'était effectivement plus sage.


Au delà du col, LE passage technique de la voie : un diedre en 5 à négocier en grosses et crampons, sacs sur le dos, à plus de 4000m. C'est assez "efficace".


















Au dessus, l'escalade rocheuse laisse place à une magnifique section d'arete neigeuse, bien chargée par les récentes chutes de neige.


Nous progressons sur ce terrain avec grandes précautions, et chevauchons parfois a califourchons sur quelques metres. L'ambiance est totale!



Nous attaquons ensuite la partie médiande de la face, dite des "grands couloirs". La progression y est assez aisée car la neige recouvre la glace et permet d'avancer sans trop se tuer les mollets.











Une fois encore, nous débouchons sur une arête des plus effilées, que l'on suit, mètre après mètre.

Cette fois ci, nous débouchons vraiment sur la partie terminale de la face, au sein de grandes pentes de neige qui plongent 2000 mètres plus bas.


Techniquement moins compliquée, cette partie requiert de l'attention car il est difficile de se protéger. De plus, les 4500m d'altitude et la fatigue commencent à se faire sentir.














La pente débouche sur l'arete du brouillard, arete qui se prolonge jusqu'au sommet du Mont blanc. Dans ma tête, je sais que cette arête est tout sauf débonnaire, je garde en mémoire des images de 2003. la course n'est donc pas finie!

Effectivement, dés que nous débouchons sur l'arête, c'est un tempétueux vent du nord qui vient nous cueillir. Dés lors, rejoindre le sommet n'est plus une partie de plaisir dans ces bourrasques qui nous cinglent le visage. L'arete elle même est rendue franchement délicate. Emmitouflés dans nos vestes, nous progressons lentement, et faisons la trace sur ces pyramides instables.






Et puis enfin, le sommet est là...Derniers mètres de faux plat entre le Mont Blanc de Courmayeur (arriere plan) et le Mont Blanc. Que ces derniers mètres sont beau. Sortir par le Mont blanc de Courmayeur signifie tant de choses.






Ici, le géant nous protège un peu du vent et, 20 mètres sous le sommet, nous nous accordons une pause. Boire. Manger. Admirer.







5 minutes plus tard, sommet. La tempête reprend. Accolades, embrassades, sourires, émotion dissimulée derrière les lunettes.

Une photo souvenir, et déjà on redescend.
Le vent se déchaine. Aujourd'hui, le Mont Blanc fume; il pourrait s'appeler Everest. Notre Everest

A mes trois compères : Gringo, Figolu, Milouse... merci de m'avoir accompagné dans ce fantasme de l'Innominata. Des souvenirs sont gravés.


Ce versant du Mont Blanc m'a aimenté, une fois de plus... D'autres idées en ont profité pour germer, mais ceci est une autre histoire.