jeudi 7 août 2008

Pour Aurélie



Aurélie est partie pour toujours.
Nous, nous restons là, incrédules. Ceci est tellement brutal.

Si proche au moment du drame, mais déjà si loin.

On pense à toi. On pense à ta famille, à Jérôme.

mercredi 6 août 2008

Une surprenante majorette

Pour nous remettre de nos émotions héliportées de la veille, et aussi pour tester mon épaule, nous profitons ce dimanche chamoniard pour aller grenouiller vers l'aiguille de Blaitière et son si beau pilier rouge.

Sans trop d'ambitions nous jetons notre dévolu sur "Majorette Tatcher" (TD+, 180m), une voie de M. Piola qui parcourt une longue ligne de fissures ouvertes.









Le ton est rapidement donné. Après une première longueur en douceur, le franchissement d'un petit surplomb en 6b confirme ce que dit le topo : "fissure". Ah oui, de la belle fissure large tout en verrous de mains et de pieds, ça nous cueille à froid. Oh Michel, tu es sûr que c'est que 6b?!? Nous on coterait bien a 6c, mais peut etre qu'on n'est pas en forme...






S'en suit une splendide longueur de 45 mètres fort raides, où là encore, il faut savoir jouer entre verrous et oppositions. Le style est radical, physiquement redoutable et sans concession. Ne cherchez pas les réglettes, il n'y en a pas.



Et ça continue, encore et encore... Deux longueurs en 5+ pour terminer, de quoi amuser les momes sur le papier. En réalité, deux longueurs où il faut s'employer, où l'on tirera même au clou (et oui, dans du 5+) avec un véritable off-width à l'américaine en cadeau surprise. Amis grimpeurs si vous y allez, faut emmener du calibre : Camalot 3.5 obligatoire sous peine de frayeur.




Si tu aimes la fissure large, cette voie est faite pour toi!


ça faisait longtemps que je pensais savoir grimper dans du 5+ (encore que le séjour au Yose l'automne dernier avait modéré mes ardeurs) et bien après cette voie, les pendules sont remises à l'heure. Le 5+, c'est déjà de la grimpe. Bon c'est sûr, mettez des grimpeurs US là dedans et ils randonnent en baskets, mais bon...




A côté de nous, Fred et Sandrine, que nous avons retrouvé dans le benne, se promènenent dans "L'eau rance d'arabie", la classique du secteur.



Majorette reste une voie à mon avis à faire, dont la cotation affichée laissera je pense quelques suprises à plus d'un.

La bonne nouvelle? Mon épaule tient bon!

lundi 4 août 2008

C'est pas passé loin

Un accident en montagne n'est jamais chose souhaitable. On peut juste souhaiter que quitte à ce que ça arrive, ça ne soit pas trop grave. C'est ce qui nous est arrivé ce week end, et fort heureusement plus de peur que de mal. Mais voilà, c'est pas passé loin.

Ces deux jours de beau nous incitent à partir vers une course que nous avons (toujours) sur nos tablettes : la traversée des aiguilles de chamonix. Deux jours de voyage aérien sur les arêtes rocheuses qui surplombent la vallée. Un parcours qui sans être réellement difficile, demeure une course "sérieuse", et surtout très longue (entre 20 et 30 heures). A moins d'être une formule 1 (il en existe) le bivouac au milieu est obligatoire.


Samedi, nous sommes 6 cordées à partir pour cet objectif. Que ceci soit dit : c'est trop. Mais c'est la loi dans les courses "classiques" : quand les conditions sont là, les alpinistes le sont généralement aussi. Dés le départ, c'est pour moi un jour "sans" : grosse fatigue, jambes lourdes, déplacements approximatifs. En moi-même je me dis que ça fait ch... d'être dans cet état vu le terrain qui nous attend. Je me résigne à passer une journée un peu à l'ouest, en me disant que ça ira mieux au fil de la journée. Mais je ne le sens pas, c'est curieux.

Premières difficultés à la Dent du Crocodile : on cafouille un petit peu dans l'itinéraire car le topo est faux. Du coup, on "imagine" passer ici ou là avec plus ou moins de réussite. Ce genre de situation arrive souvent et ce n'est pas problématique en soi, c'est même l'essence de l'alpinisme : chercher sa voie. Quand le cafouillage mêle 6 cordées sur un même bout de rocher, quand ces 6 cordées sont constituées de gens confirmés qui ont envie d'avancer car la route est longue, alors ça commence à craindre. ça monte par ici, ça monte par là, ça se croise, ça se trompe, ça renfougne...

Alors que nous avons retouvé la voie et que je débouche à un relai où m'attend Olivier, celui-ci hurle (je dis bien "hurle") "ATTENTION!!!!". Ce hurlement là est, comment dire, plus violent que ceux que l'on crie de temps en temps. J'ai au moins compris ça. La raison du cri, je l'imagine : une pierre monstrueuse qui nous foncerait dessus. Tout va en un dixième de secondes. L'instinct parle. L'instinct sait qu'il faut se plaquer à la paroi, se planquer dans la paroi. La pratique développe ce genre de comportements, la connaissance de l'autre aussi. Merci Olivier d'y avoir mis la forme! Je sais que ce cri veut dire quelque chose d'urgent. Je me plaque, je me planque, au même moment le choc est violent, je sens une force qui m'arrache l'épaule et qui continue sa chute, des cris, tout s'arête, c'est terminé. Un dixième de secondes.

Je comprends rapidement : 3 mètres sous nous, un gars pend sur sa corde. Il grimpait à notre hauteur, débouchant de la droite, puis s'est engagé dans une ressaut vertical au dessus de nous. le crampon a zippé, il a chutté, il m'est tombé dessus. Ses crampons...c'est donc ça qui a dû m'arracher l'épaule. Je regarde mon épaule : ma veste est déchirée, j'écarte les morceaux et je m'attends à découvrir une plaie béante. En fait non : un peu de sang, une belle balaffre sur le haut du biceps, mais ouf, pas de plaie béante. l'épaule me fait mal. Sous nous, le type est en état de choc. Apparemment pas de dégat majeur chez lui non plus, il bouge "normalement", son sac a protégé son dos du choc. Il se met à trembler. On le remonte jusqu'a nous et on l'asseoit. Il ne cessera de trembler qu'une fois aux urgences de Cham, deux heures plus tard.

La suite : ses copains sortent une radio et appellent leurs potes du PGHM. Ils semblent tous se connaitre, on découvrira peu à peu que dans le lot ils sont tous guides ou aspirant guides ou instructeurs pour les gendarmes. Enfin que du bon chamoniard quoi! L'hélico vient assez rapidement, pose des gendarmes au sommet de la tour où nous sommes, et le secours se met en place. Il leur faut remonter le gars toujours un peu sonné jusqu'en haut. Pendant ce temps là, je reprend mes esprit, un peu choqué et l'épaule endolorie : 80kg qui passent a mach2, ça laisse des traces. Tout le monde se retrouve en haut avec les gendarmes, l'ambiance se détend peu à peu avec la chaleur du soleil retrouvée.

Sans aucun problème, Olivier et moi décidons :
1 - de ne pas continuer la course. Se prendre un carton comme ça aux premières difficultés met un coup au moral, et partir sur une traversée de 2 jours avec une épaule qui me fait souffrir ne me tente pas. J'ai peur qu'en se refroidissant l'épaule ne dévoile des dégats plus importants.
2 - de profiter de l'hélico pour redescendre, même si mon état nous permettrait vraisemblablement de revenir sur nos pas et de rejoindre l'aiguille du Midi en 2 ou 3 heures. Après réflexion en mon fort intérieur, je n'en ai pas envie. A ceux qui diraient "gros naze, tu as pris l'hélico" je dirais cordialement ceci : je t'emmerde!




Donc voilà : hélitreuillage en règle (on commencerait presque à avoir l'habitude!!!) où l'on décolle depuis une arête perdue en plein ciel. L'ambiance est incroyable. Ci contre notre "projectile" du jour se fait hisser.

Par respect pour les secouristes, je n'oserai pas faire de photo pendant que je pendouillerai au bout du cable, dommage : le spectacle etait inoubiable. J'ai vu ce que doit voir l'oiseau lorsqu'il nous survole. Si un jour je me réincarne, j'ai choisi. Que ce soit en choucas!

J'accompagnerai ensuite mon "projectile" aux urgences de Chamonix. Lui part en observation, moi je pars dans la nature. Voilà un gars qui vient d'avoir le proba mais la saison semble un peu compromise.

Je retrouve Olivier à la DZ, lieu désormais familier, et l'aventure se termine en sirotant tranquillement un verre avec les gendarmes.

Il y aurait beaucoup de commentaires à faire mais j'ai déjà trop écrit ;o)

Merci Olivier d'avoir crié comme il fallait. Les conséquences d'un choc plus frontal auraient été toutes autres. Méfiance en montagne : c'est dangereux, on le sait, on ne l'oublie pas. A plusieurs cordées dans la difficulté, ça craint. CQFD.