mardi 9 mars 2010

Des questions presque personnelles


Je m’interroge…

Les décès consécutifs d’Olivier puis de Nicolas vendredi dernier, tous deux emportés sur les pentes du Dauphiné, ne peuvent me laisser indifférent. Tout d’abord car je les connaissais un peu, pour avoir échange ici ou là au détour d’une merguez, d’une conférence ou d’un topo. Il y a ce désemparement qui se saisit de ceux qui restent, forcement. Et puis, peut être parce que ces accidents me renvoient a des questions que j’ai eu en tête il y a quelques mois, sur mon lit d'hôpital, et qu'ils touchent à une certaine pratique du ski qui ne m'est pas étrangère.

Quelle était ma conclusion ?

Deux points sont essentiels à mes yeux

D’abord, que seule la lucidité vaut, quel que soit le niveau considéré…

Lucide sur mon activité : suis-je prêt a en accepter les risques au regard de ce qu’elle m’apporte ?
Lucide sur mon niveau : ai-je le bagage technique et psychologique pour m’engager dans l'itinéraire que je vise ?
Lucide sur les conditions : est-ce le meilleur moment pour y aller, si je fais abstraction de mon envie présente?
Lucide sur ma condition : suis-je moi aussi en condition physique et psychologique pour y aller ?
Lucide sur mes motivations : qu’est ce qui me pousse réellement à aller la où je vais au moment où j'y vais ?
Lucide sur l’environnement : que se passe-t-il autour de moi et quels sont les signaux qui me sont envoyés ?
Lucide sur ma situation : ai-je pris les précautions nécessaires pour me protéger au regard de mon appréciation du risque environnant ?

Ensuite, que la lucidité est certainement ce qu’il y a de plus difficile à atteindre et/ou à entretenir. On peut mettre du temps à l’atteindre par ignorance, insouciance, morbidité, aveuglement, prétention, ou peut être tout simplement par manque d’expérience. On peut très facilement ne pas l’entretenir pour les même raisons, mais il en est une plus pernicieuse encore a mes yeux. On peut oublier d’être lucide par excès… Exces d’engagement, des lors que celui-ci devient systématique. Excès d’envie, lorsqu’elle seule guide les choix pour évoluer en montagne. Excès d’ego, lorsque le microcosme guette sur le web les exploits du héros. Excès de confiance, lorsque le niveau atteint nous fait oublier que la montagne n’en a que faire. Excès d’exigence, lorsque redescendre d’un cran dans l’engagement semble pure perte.

Je sais juste qu’il est très facile de sombrer, d’oublier d’être lucide. J’ai pris trois fois l’hélicoptère en 14 mois, toujours par manque de lucidité : à y réfléchir, c’était la seule et unique raison. le reste n'était que prétexte. A nous qui restons, il nous appartient d’être lucide. Il n’y a pas de belle mort, jamais, pas même en montagne quand on est montagnard, à moins que l’on ait atteint un âge respectable. Il y a seulement des trajectoires qui s’arrêtent, des lignes qui se brisent, des âmes qui demeurent seules. C’est alors tout ce qu’il reste. Restons donc lucides. Je me fais ces remarques, et cette bien triste série noire vient me rappeler qu'il faut aussi prendre le temps de penser.