mardi 4 mai 2010

Goulotte au Mont (presque) Maudit


L’envie d’une belle voie en montagne se profilait depuis quelques temps déjà. Ne restait plus qu’a choisir une destination de voyage. J’avais envie du massif du Mont Blanc et d’un truc un peu sauvage, sans passer par la case « refuge boat people » si possible.

Ce sera donc dans le versant Est du Mont Maudit, au dessus du cirque de la Brenva. On est ici dans « l’autre » Mont Blanc, sur sa face secrete et cachee. Une belle voie d’alpinisme mixte s’offre à nous, avec l’empilage de deux goulottes « Overcouloir » puis « Country couloir » jointes par la grande pente médiane de la classique « Beaumont Decorps ». Voici a priori un bel itinéraire en altitude de 700m en IV 5 (en rouge sur la photo) avec pourquoi pas un finish au Mont Blanc si l’on est en jambes…


Après une dépose au col du Midi, on rejoint le bivouac de la Fourche pour une soirée 4 étoiles dans un des plus beaux bivouacs du massif. C’est la troisième fois que j’y dors, les souvenirs y sont bien présents On a tout le temps d’admirer notre objectif du lendemain, dont, c’est sur, on ne va faire qu’une bouchée.









Ce serait sans compter sur le timing improbable que nous nous imposons, je ne sais pourquoi… Dans la joie et l’allégresse d’une aube naissante, nous bidouillons quelques temps à la rimaye puis remontons les goulottes du bas de la face. Une belle ambiance, de la glace en super condition, de beaux plaquages un poil techniques… On avance à notre rythme, heureux de grimper au soleil.



Et oui mais c’est la le problème : nous nous sommes levés à 4h, il aurait fallu se lever 3 heures plus tôt. Tandis que nous grimpons, la face chauffe dur en cette journée quasi estivale. Du haut, ca commence à pisser de partout et c’est bientôt sous une cascade de neige fondante et dégringolante que nous grimpons. Dans les yeux, dans les manches, dans le cou, on est envahis. Dans ces goulottes techniques, c’est vraiment olé olé…




Après de longues minutes de combat, nous nous rétablissons au sec dans les grandes pentes médianes. De la il est clair que nous sommes hors timing, bien au delà du raisonnable pour grimper en sécurité les pentes supérieures. Apres pas mal d’hésitations sur la suite a donner, nous décidons donc de redescendre, en espérant ne pas se prendre le ciel sur la tête. Cordelette, maillons, sangles… Encore un peu de matos laisse là-haut. On s’échappe de cette face mouvante comme l’on peut, pour ensuite remonter à la Fourche sous un soleil de plomb.


Etonnant choix : qu’espérions-nous en nous levant a 4 heures pour une face Est par cette météo ??? Curieux, curieux, un manque notoire d’analyse préalable. Aurais-je oublie que l’alpinisme impose parfois des départs a des heures indicibles ? Le bon timing aurait été de se lever à 1 heure du mat et faire la goulotte du bas de nuit, pour attaquer celle du haut au lever du jour. Dont acte : une belle erreur de débutant !



Reste une très belle voie à achever dans un versant peu parcouru, d’esthétiques longueurs de glace et de mixte dans un itinéraire discret mais qui vaut le détour.

Granite !!!


Ha ha, qu’il est bon ce retour au granite du Mont Blanc ! Je savais de quoi j’aurais envie en allant la haut sous le soleil… La glace c’est bien, mais la protogyne… la protogyne… !

Les coinceurs sont là, bien sages, et admirent avec envie les fissures dorées de la face sud de l’aiguille du midi. Impossible de les retenir.





Une incroyable journée de soleil et de douceur, ou l’on grimpe en manches courtes a 3800m. d’altitude. Il est vrai qu’en regardant tomber la pluie d’un ciel bouche au moment ou j’écris ces lignes, cette journée me semble surréaliste. Et pourtant.

Oh pas d’ambition particulière, nous ne sommes que fin avril… Il faut réapprendre le granite, doucement, donc on gardera les 6c/7a pour plus tard. Allez, juste pour le plaisir du beau rocher
et du soleil estival.



Le plaisir sera altéré a la descente : au sortir de la fissure en « S » de la Rebuffat, la cliente d’un guide se fait laminer par un bloc de glace venu du haut de l’aiguille, d’on ne sait ou, et qui éclate juste au dessus d’elle. Elle reste prostrée en bout de corde, ne bougera plus, le secours s’organise. Tout le monde s’arrête, ca échange, ca se passe des infos, ca téléphone, ca s’envoie des bouts de corde. Pause : les funambules du PGHM sont a l’œuvre, le pilote de l’hélico impose sa maestria pour arracher la malheureuse d’une face quasi verticale. Urgence apparente. Je suis ému, souvenirs. Le guide et son deuxième client, très choqué, redescendent avec nous sur notre corde, la leur ayant été amputée pendant l’hélitreuillage. On sent la tension, le guide est tendu comme une corde de piano. Qu’il doit être dur pour lui de voir son client en sang se faire hélitreuiller. Quels sentiments doivent alors l’animer ?



Et bien sur, les « non hélitreuillés » devront mettre les bouchées quadruples pour malgré tout, rejoindre le haut de l’aiguille avant le départ de la dernière benne. Et oui puisque sauvetage ou pas, la dernière descente est a 17 heures vous comprenez ? Et on ne pourra pas attendre... Je repense aux magiciens du PGHM et intérieurement je vomis : les « « fonctionnaires » » sont-ils ceux que l’on croit ?

lundi 3 mai 2010

Oh la belle voie !

Je ne savais pas que le Vercors pouvait receler de telles perles rocheuses. Même si le topo parle de « rocher magnifique », dans mon esprit les références en calcaire se trouvent dans d’autres coins. Au Verdon par exemple…

Et bien avec « Les fruits de la patience », c’est un peu du Verdon qui débarque dans le coin, comme si la goutte d’eau et l’écaille parfaite s’invitaient à Archiane. Une grosse heure de route depuis Grenoble, une heure d’approche dans ce si beau cirque d’Archiane, et c’est parti pour une magnifique escalade.


Une ou deux longueurs de chauffe dans du rocher classique et puis progressivement, le festival commence, d’abord subrepticement jusqu'à R4. Quelques mètres de marche sur une vire intermédiaire, et puis on touche le Graal : une jetée de dalles ou pendant 5 longueurs, le festival de la ballerine bat son plein. Les mouvements s’enchainent, on passe de « l’oiseau de feu » des Aravis aux « Rideaux de Gwendal » du Verdon avec un petit détour par les rapes à doigts de Tagghia.

Une des toutes belles en calcaire, à consommer en urgence si ce n’est déjà fait. Merci aux ouvreurs pour la beauté du travail. L’équipement est original : il alterne spits et pitons / lunules dés lors que c’est possible. On pourrait imaginer y emmener quelques stoppers au cas où, notamment pour pallier au deuxième piton branlant de L5.

A noter une voie nouvelle sur spits flambants neufs sur la droite des « Fruits… » dont le niveau a l’air un cran au dessus, dans du rocher tout aussi beau. Si vous avez des infos sur le topo, je suis preneur.

Un conseil : de la patience, il en faudrait pour attendre l’automne et aller faire cette voie au milieu des forêts en feu…

Les fruits de la patience, TD+, 6c max (6a+ obl.)
6a+,6a,6b,6b+,6b,6a+,6c,6a+,6b.