mardi 1 février 2011

Dolent, Charlet et tutti quanti

Ca faisait bien longtemps que j'avais envie d'aller grimper sous le Dolent. Je trouve la classique voie "Charlet" d'un esthetisme parfait lorsqu'on la regarde de face : droit jusqu'en haut, direct!

Ca tombe bien, il n'y a pas 50 lignes en conditions par la bas. Apres une approche raisonable depuis le refuge d'Argentiere, une rimaye beante (mais on y est habitues cet hiver) c'est reparti pour une ambiance grand nord a l'image de Frebouze. Le froid est un peu moins vif que quelques jours plus tot, mais sans trop se risquer on peut affirmer qu'on est toujours en hiver.
 De belles longueurs de glace, parfois un  peu fine, se succedent. Bien sur, il faudrait etre dans l'optique "grande course" et viser le sommet du Dolent. Mais ce serait alors une tout autre histoire, un tout autre timing, car les  jours sont encore courts a cette saison de l'annee.

Pour nous ce sera different : en confrontant le terrain a nos montres, nous decidons de tirer les rappels depuis les pentes de neige medianes. Ensuite il n'y aura plus qu'a glisser sur le bassin d'Argentiere pour rejoindre tranquillement Chamonix.

A noter :
- la nord est des Courtes est deja tracee ( a skis j'entends!). Qu'il est loin le temps ou on la skiait timidement en juin!!!
- le 'nouveau' refuge d'hiver d'Argentiere est une vraie bouze, dont seule l'etancheite pourrait etre vue comme positive. Pour le reste, meme pas une couverture prevue par couchage, pas un brin de vaisselle, impersonnel au possible... Je ne crois pas que c'est a la faveur de ce type d'ambiance que le CAF renflouera ses caisses... cet avis n'engageant que son auteur

dimanche 30 janvier 2011

Du nouveau dans le Mont Blanc???

Le plan initial etait en Suisse, au Simplon. Un gros spot de glace c'est certain! Mais un spot pas en conditions c'est aussi certain! Retour donc a Chamonix apres un bon  -et copieux- repos Suisse. La, rejoints par des Oliviers, nous repartons en refuge gouter la glace du bassin d'Argentiere.

Au sortir de la benne, sans projet precis et les sacs bien remplis, nos yeux tombent sur une ligne en rive droite du glacier du Tour Noir, face sud ouest de la pointe 3320m. On la voit au centre de l'image ci-contre.

Pas d'info dans le topo de Damilano. Et si on allait "en reperage"?

Apres le froid des jours passes, qu'il est bon de grimper au soleil! J'avais oublie ce que c'etait!

Dans la joie et l'allegresse, nous nous engageons dans le bazar. Ce jour, les broches ne serviront pas : pas de glace, mais de la neige et des cailloux.

Les ressauts rocheux qui interrompent la neige ne sont pas si simple que ca a negocier : neige inconsistante bordee de rocher pas toujours sain. Le leader doit se charger d'un deblayage en regle...

Nous sortons donc ruse sur ruse pour negocier l'affaire : coincements de lame subtils, gratonnage sur monopointe, bref : la panoplie habituelle de l'escalade mixte.

Une ambiance vraiment belle se degage de cette ligne, dont certaines perspectives feraient presque penser aux "fuyantes" de Naia a la Verte...



L'idee de depart est de sortir par le haut, dans des pentes neigeuses faciles qui donneront au tout un petit air de fete en debouchant sur un vrai sommet... Malheureusement l'heure tourne et nous ne sommes que moyennement rapides : a 4 nous nous attendons regulierement en raison des brassees de neige qui descendent dans cet entonnoir.

Nous atteignons la derniere longueur dure, un diedre rocheux que l'on devinait du bas, alors que le soleil disparait derriere les Droites. La nuit arrivant, nous abandonnons l'idee de la sortie par le haut et equipons des relais pour rappeler dans la goulotte. Dommage pour le "sommet" mais pas tant de regret que ca car cette voie est vraiment sympathique. L'exposition sud ouest y est sans doute pour beaucoup.
Une question existentielle demeure : ouverture ou pas ouverture??? Aucune trace de passage, mais ca ne veut pas forcement dire grand chose... J'ai questionne l'OHM, on verra ce qu'ils en disent. En tous cas une jolie trouvaille improvisee, faisable a la journee depuis les Grands Montets. Peut etre est elle en glace au printemps, je ne sais pas. Si vous y allez, tenez nous au jus...

Contemplations

Apres avoir use les lames dans le froid des faces nord, il est temps de reprendre les 'vrais' outils pour se laisser aller a la contemplation et a la douceur des premiers rayons de soleil qui nous touchent depuis 48 heures...

Quand Whymper sorti de la nuit



En chemin vers la lumiere


Au pays des matins calmes


Le Fou regne sur son monde



Les griffes du temps


Rapport de force

Pointe de Frebouze, congelateur a ciel ouvert

Prenez une isotherme -20 degres a 3500m. d'altitude, un ciel bleu et froid, une neige si miserable que les seuls skieurs finissent de se pendre a leur chasse d'eau et vous aurez la quelques-unes des raisons qui nous poussent a une retraite au fond du frigo du Mont Banc.

En prelude a une semaine de cascade, cette petite immersion devrait nous faire du bien!

Fuyant la cyber-cohue des approches aisees, nous profitons du temps que nous avons pour rallier le refuge de Leschaux, perdu aux pieds de la face nord de Grandes Jorasses. Au fond de la vallee, nous esperons y trouver quelques goulottes en conditions.

 Ce sera a Frebouze, la goulotte nord-ouest (III, 4+, 500m.). A dire vrai nous n'avons pas tant le choix que ca : les autres lignes semblent soit trop seches, soit inaccessibles pour cause de rimaye beante (le manque de neige est la haut egalement criant). De visu, la Duverney Gabarrou semblait egalement en conditions.

La nord ouest est une belle et longue ligne, bien visible ci-dessus au centre de la face. Le haut est encore bien sec, trop sec semble-t-il, et de toutes facons nous nous arreterons aux pentes de niege medianes.






Si nous doutions d'etre en hiver, nous voici rassures. Un froid dur, tres dur se termine dans les alpes. Les temperatures remontent a partir du jour meme, mais en ce 23 janvier les conditions sont pour le moins 'rudes'. L'escalade est tres belle, dans une belle ambiance sauvage. Au dela de R2 (lunule en place) les traces de passage recent son nulles. Les relais sont ceci-dit en place, et nous y avons change ce qui devait l'etre. Bref, on est loin ici de la foule des goulottes des Grands Montets et c'est tant mieux.


Les longueurs s'additionnent, les fremissements aussi. Il est difficile de grimper dans ces conditions de froid, car avoir les mains en l'air provoque d'inmanquables onglees. Rapidement nous nous couvrons au maximum et c'est en grimpeurs bibendum que nous evoluons. Je n'avais jamais grimpe autant couvert et c'est harnaches dans nos doudounes que nous evoluons. Une escalade hivernale, complete.


Allez ca suffit : arrives sous les pentes de neige mediane, il est temps de redescendre. 3h30 d'approche, 5 heures d'escalade, le froid devient fatigant.


On tire les rappels, il et temps de retrouver nos skis pour glisser jusqu'a Leschaux (couvertures et vaisselle ok, restes de gaz ). Une deuxieme nuit la haut, dans le grand calme de la montagne hivernale, et nous voici prets a redescendre dans la vallee, humer les saveurs du vignoble Suisse...

Chemin descendant, nous croiserons 'Andy' : Seul, un  enorme "pig" de hissage sur le dos, un deuxiene sac charge sur sa pulka, il chemine doucement vers la gare du Montenvers. Forcement, on echange, et on aide le forcat a hisser tout son materiel jusqu'au quai de gare. D'ou vient-il donc??? Son projet n'etait ni plus ni moins qu'un solo hivernal dans une voie des Grandes Jorasses, 10 jours d'autonomie. Il renonce, il fait trop froid. On peut etre mutant et ne pas en rester moins lucide. C'est d'ailleurs un gage de longevite. On discute encore : anglais, de Sheffield... "tu fais quoi dans la vie?" "oh, j'ecris des bouquins..." Les briques se mettent en place une a une dans ma tete. L'oiseau que nous avons en face des yeux n'est ni plus ni moins qu'Andy Kirpatrick, sans doute un des meilleurs alpinistes anglais. Rencontre etonnante, homme ahurissant, un autre alpinisme que celui-que nous pratiquons. Sans aucun doute. Ca merite bien une biere! Vivat!