vendredi 22 août 2014

Tour jaune : une journée splendide que je ne conseille pas

Une semaine hivernale, un week end estival.
On monte en haut : les faces sud seront sèches, c'est certain. Aussi certain que l'ambiance sera magique.
Nous avons en tête d'aller grimper la Tour Jaune, par la voie éponyme, ouverte il y a  quelques années par Potard.
Le topo mentionne un rocher "incroyable" en derniere longueur et des "fissures à verrou" en première longueur, le tout entre 6 b et 6c sur le granite fauve des contreforts de l'Aiguille d'Argentière. 
Beau programme!


 Pour ne pas changer, c'est une montée "à la fraiche" qui nous attend.
Tant mieux, on ne transpire pas.


Et quand on croise une incroyable "fissure Kosterlitz" posée sur la moraine, on à même qu'une seule envie : la grimper.


 Bloc lunaire posé en équilibre presque précaire sur la glace, fendu de bas en haut et légèrement déversant.
On en peut pas laisser passer ça : vive les verrous!


Pendant ce temps, la fin de la perturbation s'évacue, comme prévu, et laisse entrevoir le spectacle des grandes faces nord du bassin d'Argentière plâtrées comme jamais.


 On aurait même pu tenter la première descente à skis (cailloux) du Tournier...


Une mauvaise nuit plus tard, et nous quittons le cocon du refuge dans une nuit noire encore frisquette.
Comme mes insomnies nous poussent dehors plus tôt que prévu, nous montons tranquillement et nous offrons quelques séquences de contemplation sur le spectacle que nous avons dans le dos.


La nuit est à nous, la moraine aussi.
C'est le grand calme par là haut.


Avec le jour qui pointe, nous prenons le temps d'aller jeter un oeil sur "Poussière d'étoile", une nouvelle voie voisine.
Vu du pieds, rien de bien emballant : gradins, rocher brisé, succession de ressaut... bof bof.


Nous reprenons alors notre projet initial, et nous engageons dans l'Y.
La variante consisterait à passer par la première longueur du "Pirate" et rejoindre le socle intermédiaire pour traverser vers la droite jusqu'à la Tour Jaune. 
La rimaye de l'Y étant inexistante, autant passer par là.


On en vient presque a se reprocher de ne pas avoir pris de broches, et bénir Eric d'avoir pris ses 2 quarks.


 Tout là-bas, le festival continue.


Au dessus de nos têtes, ça se corse.
Le topo parle d'un socle en rocher pourri, nous confirmons. 
Ensuite ça se met à grimper doucement mais surement,  et même si la voie démarre officiellement plus haut, on est déjà dans du sérieux que la neige et la glace ne facilitent pas.


Le problème est que même là, alors que la rimaye de l'Y est déjà presque loin, on a toujours pas croisé un relai digne de ce nom... sauf pour franchir le goulot-coupe-gorge du bas de l'Y.
J'ai en tête que nous pourrons, en traversée, rejoindre les vires du Pirate et profiter ainsi du dernier rappel pour rejoindre le glacier. 
Que nenni!
C'est trop désaxé, et chargé en neige chauffée...


Alors nous continuons à monter.
Enfin nous rejoignons le R0, constitué d'un spit relié à un piton moisi cravaté par une sangle pourrie... J'adore. 
Nous commençons tous les deux à nous interroger...

Très belle première longueur. 6b, verrous obligatoires, je me régale. 
Arrivé à R1, mon choix est fait en une demi seconde : on s'arrêtera là. En effet, R1 est en fait une vieille sangle pourrie passée autour d'un bloc, doublée d'une cordelette plus récente.
Pas un maillon, pas un piton, pas un spit.
C'est effectivement un relai, mais dans sa version la plus minimaliste.
On ajoute à celà que les fissures/vires sont encore enneigées, et surtout que le fameux "socle" devra etre redescendu en improvisant des relais où nous pourrons, pour finir par un dernier rappel dans la bas du Y surchauffé, alors que l'entonnoir sommital est sans doute chargé de neige...
Bref, ça pue!
On décampe, on plie les gaules avant de se faire coffrer dans l'Y, et on rangera cette voie dans la catégorie des buts volontaires et assumés.

Au refuge, Fred nous avouera qu'à part un stage de l'ENSA de ci de là, personne ne va là haut.
Ca ne m'étonne pas. 
Ce qui m'étonne par contre, c'est d'en faire un topo et de le laisser "au grand public" en faisant croire que la voie est équipée...
Qu'on m'explique comment la redescente par l'Y en fin de journée, neige ou pas, chaleur ou pas, ne s'apparente pas à de la roulette russe.
A chacun ses envies, les nôtres ne sont pas / plus là.


Quelques rappels et une désescalade plus tard, sans oublier la bière de Fred et Béa, et nous glissons vers la vallée dans cette ambiance toute particulière d'un versant nord sortant d'un hiver nucléaire qui fait face à un versant sud surchauffé par le soleil revenu.


Voici donc comment passer une superbe journée en montagne, aux relents d'alpinisme et de mixte, en verrouillant de la protogyne comme des sauvages dans un décor de cinéma, tout en déconseillant même à son pire ennemi de faire la même chose.

Par contre, cette journée aura ravivé certains projets, et plus que sérieusement.
La prochaine virée là haut se fera avec le perfo, qu'on se le dise!

lundi 18 août 2014

Retour au Val d'Orco

On l'aime cette vallée là.
Plus de deux ans sans lui rendre visite, quelques petits changements entre temps de notre côté, mais les hameaux sont toujours là, tapis sous les mélèzes. Au dessus, des versants tapissés de granite. 
En dessous, le torrent dell Orco qui coule à flots.
 "Avant", on y venait au printemps en amoureux. maintenant c'est en famille en été, et c'est très bien aussi.



Si vous consultez ce blog et que vous n'etes toujours pas allés grimper a Orco, vous êtes inexcusable.



 A Orco, au bord de la route, on trouve ce genre de friandise. 
La "Kosterlitz", fissure a verrous en 6b bloc.
Il y a trois ans, nous décollions a peine nos pieds du sol. Trois ans plus tard, nous y effectuons un jogging. 
A croire qu'entre les deux épisodes, nous avons effectué un séjour a Indian Creek...


Au dessus de la route, d'autre mignardises du même genre.


Eric se régale, on le surprend même a fréquenter (avec plaisir) des couennes, et a clipper des spits a coté de fissures...


 Cette fissure là a été déséquipée : 6c+, verrous obligatoires. Superbe.


Dans une autre classique sur El Sergent.
Un petit coté Yosémitique, assurément.


 Bien entendu, une grimpe surtout sur coinceurs. 
La progression se fait par étape. 
D'abord découvrir les coinceurs au sol, apprendre à les manipuler, puis viendra le temps de les poser...

... ou de lézarder